Liminaire
Les crises à répétition dont nul ne voit l’issue, accompagnées de leur cortège de désordres, conduisent les entreprises, bon gré mal gré, à s’interroger sérieusement sur la pertinence générale de leur « business model » (stratégie, organisation, procédures, processus). L’explosion de la bulle Internet en 2000, la débâcle d’Enron et d’Arthur Andersen – mais qui s’en souvient – ou plus de près de nous, la crise financière de septembre 2008 qui a emporté Lehman Brothers et plus récemment encore le démantèlement de Dexia, les menaces de « défaut partiel » dans la zone euro, sont autant de signes révélateurs d’une rupture majeure.
A condition de savoir les interpréter et d’en tirer les enseignements adéquats. Implicitement ou non, les méthodes de management déployées en continu pendant des décennies sont aujourd’hui ouvertement remises en cause. Par les entreprises d’abord, mais également par quelques sociétés de conseil, voire, certaines écoles de commerce.
Le terme même de management est contaminé, contesté, parfois rejeté. Du personnel politique au citoyen en passant par les décideurs économiques, chacun sent bien, au fond, qu’un modèle a vécu et qu’il sera dorénavant impossible de fonctionner sur le mode ‘business as usual’, ne serait-ce qu’en raison de la contrainte écologique, de l’avènement d’un monde pluri-polaire et de la propagation des NTIC.
Merci de cet article « éclairant » l’obscurantisme actuel dans lequel les entreprises tentent – souvent en vain – de se débattre.
En effet, c’est un fait avéré que le monde est en mutation depuis de nombreuses années … et ce bien avant la crise actuelle qui sévit et « fauche » les Êtres avant même qu’ils ne soient mûrs.
Il nous suffit – peut-être – de relire des ouvrages tels que « l’Ethique » de Spinoza pour appréhender le fait que, déjà au XVIIe, la préoccupation de l’individu et de la communauté – l’individu au sein de la communauté – était déjà prégnante et anticipatrice du futur.
Plus près de nous, Michel Serres s’et livré avec bonheur à l’analyse de ce qui’il adviendrait de l’Homme dans ce monde en mutation, mais aussi Frédéric Lordon qui n’a de cesse de rapprocher la philosophie de la sociologie … ainsi que de nombreux autres.
En définitive, l’Homme a toujours été LE objet d’études philosophiques d’importance, mais il nous faut bien nous rendre à l’évidence – tel que le mentionne très justement dans son essai – que la contemporanéité ne tient aucun compte des « vérités » du passé, et préfère entretenir et encadrer la « marche du monde » au moyen d’outils développés en vue de cerner le cognitif et les affects touchant à la personnalité profonde de tel ou tel, et ce dans le souci exclusif d’intégration au sein d’une institution/organisation/entreprise.
Les normes ont remplacé les lois, celles-ci ayant été édictées afin de favoriser et encourager le « vivre ensemble », celles-là pour contraindre l’individu et le fondre dans un moule d’organisation ou, pire encore, de le faire correspondre aux cases d’un formulaire décrivant des comportements standardisés … et aboutissant à ce que je nomme la « consanguinité » … car la différence fait peur ! En effet, tel dirigeant favorisera la cooptation et l’embauche d’une personnalité possédant le même formatage, issu de la même école .. perdant ainsi de vue que la diversité et la différence sont sources et apports de richesse au sein de l’entreprise .. et donc de performance.
Alors oui, la philosophie est certainement un des rares secours/recours à laquelle le monde actuel aurait grand intérêt à s’intéresser : tout est là .. et là est le Tout.
… source d’inspiration, source de vision (plus loin que son compte d’exploitation), et source de vie … seule chose en définitive pour laquelle l’Homme justifie de son comportement et par laquelle l’Homme se définit … en dépit de toutes autres considérations touchant/confinant tant aux pensées qu’aux actions.
Alors oui, la philosophie seule saura réapprendre à l’Homme le caractère téléologique de sa raison d’Être et d’être.
En conclusion, je dirais haut les coeurs, les librairies sont pleines de savoir et de connaissances .. il suffit d’en pousser la porte … ce qui engendrera peut-être l’ouverture à un changement .. ainsi que l’ouverture à l’ouverture et à la lumière.
A vous lire
Autant les études ont porté sur l’Homme en tant qu’objet (en vue d’élaborer lesdites études (?) … la philosophie élève l’Homme au niveau de sujet … et là est peut-être une des clés qui permettra l’ouverture à l’ouverture et à la lumière qui concluait mon commentaire initial.
Voilà pourquoi votre proposition me plaît.
Ceci étant posé, en effet, c’est le meilleur moyen de parvenir à un management efficient. Chaque commercial ou cadre commercial peut donc être un philosophe de son métier.
Pierre COIGNARD / Christian PIRAT
Consultants en Développement Commercial des Entreprises
Cabinet CP&PC – 9, Traverse des Câpriers – 13780 Cuges-les-Pins
e-mail cpetpc@sfr.fr
Je n’aurais jamais pu mieux définir mon collaborateur et ami Gilles Prod’Homme, malheureusement brutalement disparu l’an dernier. Je vous invite à feuilleter quelques pages de ses livres sur le sujet dont le dernier paru peu avant sa disparition s’intitule « dans le lit des philosophes » et un best-seller « La voie des Stoïciens » en passant par un essai critique « Métro, boulot… philo ! » tous visibles ici : http://www.isrifrance.fr/publications/ouvrages/les-ouvrages-de-gilles-prodhomme.
Merci pour l’information et pour le compliment. Ah les Stoïciens ! Belles sagesses en effet. Je ferais la démarche dès que le temps disponible me le permettra 🙂
Ces chemins ardus, austères et exigeants comme le cynisme ou le stoïcisme ou d’autres plus séduisants comme l’épicurisme visent un même sommet, le souverain bien, un objectif atteint quand l’homme s’est mis au centre de lui-même, a compris sa place dans le monde qui l’entoure et suite à cela sait se comporter avec lui-même les autres et son environnement.
Le point faible des pyrrhoniens est le scepticisme. En effet il achève cette philosophie dans un dépassement qui l’abolit. Elle est philosophie de l’affirmation de la négation de la philosophie. Et encore ! En toute bonne logique pyrrhonienne cette affirmation pose problème épistémologiquement parlant. Nier c’est affirmer, dire non à ceci suppose dire non à cela, ne pas choisir c’est tout de même choisir.
Demandez à l’âne de Buridan qui ne parvenant pas à se décider entre l’eau et l’avoine est mort de faim et de soif. L’antidoctrine de Pyrrhon incendie cependant métaphoriquement les bibliothèques, abroge les professeurs, pulvérise la chaire et l’estrade, détruit toute possibilité de glose doctorale. reste une obligation : vivre !
Ne rien désirer, ne rien envier, vieille leçon des sagesses stoïciennes et épicuriennes. En ne possédant rien et en aspirant à ne rien posséder , le sage se possède, autrement dit il possède tout.
Nietzschéen plutôt que stoïcien je préfère pour ma part penser ainsi. C’est à dire à partir de et non pas comme Nietzsche. (ce qui définit l’expression être Nietzschéen) Mais j’ai lu en effet quelques d’ouvrages traitant du sujet. 🙂 (dont l’oeuvre de Victor Brochard que je vous recommande si vous aimez « le scepticisme »)
Pierre COIGNARD / Christian PIRAT
Consultants en Développement Commercial des Entreprises
Cabinet CP&PC – 9, Traverse des Câpriers – 13780 Cuges-les-Pins
e-mail cpetpc@sfr.fr
La philosophie n’est-elle pas l’outil adapté pour réfléchir sur le sens de la vie ? Choix fait par Ulysse en refusant de rester éternellement sur cette belle ile paradisiaque où une « Belle » lui proposait une vie éternelle, il a définitivement posé cette question à laquelle nous tentons de répondre depuis : c’est quoi une vie de mortel réussie ? Sans réponse individuelle et collective apporté à la question, la vie que nous subissons alors n’a pas de sens … et c’est bien ce qui nous semble aujourd’hui : ça n’a pas de sens !
non qu’individuellement nous évitons la question ! de plus en plus d’individus se la posent et apportent des réponses … mais parce que collectivement nous évitons le sujet … c’est ce qui fait société qui alors perd sons sens :):)
Et l’entreprise est un lieu qui devrait faire société 🙂
Cordialement
Cela me rappelle un livre qui m’a beaucoup marqué il y a une dizaine d’année que vous connaissez peut être: Plus de Platon, moins de Prozac !.
De Lou Marinoff
« À tous ceux qui tiennent la philosophie pour un simple jeu intellectuel, Plus de Platon, moins de Prozac ! apporte un démenti formel : la philosophie ne prend tout son sens que si on l’applique aux défis du quotidien… »
L’idée vraiment valable est d’aller au delà de la therapie, necessaire dans son identification des traumatismes par exemple, mais qui reste figée sur le passé d’une certaine façon et ne propose pas vraiment de solutions… Qui n’a pas connu ce vide de se dire » OK c’est parce que j’ai vecu ça que je suis comme ça, oui, mais comment je fais maintenant? »
L’approche philo permet la reconstruction, en favorisant une projection sur son avenir selon des modèles de pensée que l’on s’approprie.
Cela change radicalement la donne, et les resultats sont tout a fait merveilleux.
Proposer cette demarche aux entreprises me parait vraiment necessaire, pour sortir le nez du guidon et elaborer des strategies qui ont un sens autre que du financier court terme, en proposant aussi du sens aux salariés.
la philosophie réfléchit la signification
le management opérationnel dicte la direction
les deux sont liés et c’est cela qui est passionnant quand on accompagne une personne ou une organisation
isabelle flye sainte marie
Merci pour cette discussion passionnante.
Cette nécessaire combinaison « d’un regard philosophique et d’un passage à l’opérationnel » gage de réussite de l’introduction des théories philosophiques dans le domaine de l’entreprise, me semble s’incarner dans l’appropriation des approches systémique, pragmatique et constructiviste par les systèmes de management par la qualité (Norme ISO 9001 version 2008) *.
Gilles BAROUCH parle de « Révolution des pratiques managériales », dans son livre éponyme, dont je recommande la lecture (« Révolution des pratiques managériales : le changement par la Qualité » Editions AFNOR Juillet 2013).
L’auteur nous explique en quoi les pratiques managériales classiques ne sont plus du tout adaptées au contexte actuel dans lequel évoluent les entreprises.
Il démontre que les démarches qualité, parce qu’elles sont fondées sur les théories systémique, pragmatique et constructiviste, révolutionnent ces pratiques, pour autant qu’elles soient mises en œuvre en respectant l’esprit des 8 principes du management par la qualité sur lesquelles elles s’appuient.
Ces 8 principes sont les suivants :
1 Orientation Clients
2 Leadership
3 Implication du personnel
4 Approche processus
5 Management par approche système
6 Amélioration continue
7 Approche factuelle pour la prise de décision
8 Relations mutuellement bénéfiques avec les parties prenantes
Ils sont inspirés des visions :
Systémique : L’entreprise est considérée comme un système avec ses frontières, ses échanges avec l’environnement, ses composants organisés entre eux et en interaction permanente.
Comme tout système, l’entreprise est confrontée à plusieurs problématiques :
– maîtriser en permanence ses rapports avec son environnement (société, marché, concurrents, fournisseurs…)
– être structurée de manière efficace (approche processus versus cloisonnement par services)
– assurer son équilibre par la variété de ses comportements (homéostasie)
– être capable de subir une certaine évolution
– tout en conservant son identité.
Constructiviste : notre image de la réalité est une construction, l’observateur invente la réalité autant qu’il l’observe, il a donc une responsabilité par l’interprétation qu’il fait de cette réalité. Avoir conscience de cela conduit à prendre en compte la variété des points de vue (approche négociée, tolérance).
Pragmatique : notre image de la réalité étant construite, comment définir un but et des actions efficaces? En proposant un sens, c’est-à-dire en définissant l’utilité (téléologie) de toute conception, réflexion ou action. Dans les démarches qualité ce sens est la recherche de la satisfaction équilibrée des parties prenantes (Personnel, Clients, Sous-traitants, Fournisseurs, Société). Il s’agit de choisir la solution la plus bénéfique au plus grand nombre (une application de ce principe : la théorie du « gagnant/gagnant », si souvent galvaudée).
En appliquant les 8 principes du management par la qualité, les dirigeants des entreprises pourraient évoluer d’un management traditionnel axé notamment sur le retour d’investissement à court terme, vers un management orienté vers le développement équilibré et durable au profit des parties intéressées.
* Cette norme est fondée sur le principe de l’amélioration continue de la qualité des produits ou services proposés par un organisme ou une entreprise, dans l’objectif de satisfaire ses Clients, dont les besoins et attentes auront été identifiés en préalable à toute action. Les entreprises qui en font la démarche peuvent être certifiées par un Organisme certificateur, selon cette norme, attestant ainsi qu’elles en respectent les exigences.
—–
@ Florence et Denis,
J vous rejoins parfaitement dans vos commentaires respectifs, selon lesquels il n’y a pas de recette miracle … sinon cela se saurait !!!
En revanche, la pratique selon le formatage de certaines « formulations » plus ou moins occultes rend l’approche des problèmes organisationnels et/ou structurels de plus en plus délicate.
En effet, un « formulaire standard » peut être valable dans 20 % des cas étudiés lors d’accompagnement, mais donc s’avère inefficient dans les 80 % des cas restants … … rentabilité et/ou productivité obligent, me direz-vous?, et je ne pourrai qu’être en accord avec vous, tant les dégâts perdurent au sein des institutions/organisations/entreprises … même – pour ne pas dire surtout – après l’intervention d’un consultant ou expert chargé d’y « opérer le changement « .
En définitive, les recettes toutes faites ne conviennent pas … nous pouvons au moins convenir de cela ; j’en veux pour preuve que – quand bien même basée sur la même recette – ma grand-mère réussissait mieux ses crêpes que moi … Je plaisante bien entendu, mais j’établis ici un constat qui vaut – à mon sens – dans le cadre de cette discussion.
Manquent donc l’écoute et la compréhension : l’écoute pour entendre – dans l’acception d’entendement – conduisant à la compréhension de la problématique propre, donc unique, de chacune des entreprises demandant de l’aide.
Manque également le travail plus « sociologique » du consultant en interne, consistant à interviewer l’ensemble des acteurs de l’entreprise en interne … sans oublier d’interroger les « relais », à savoir les personnes ayant contact avec l’extérieur … les seuls à établir et entretenir des contacts réguliers avec l’environnement de l’entreprise .. lesquels « relais » possèdent un pouvoir plus important que les autres compte tenu de cette fonction même de relais … et pouvant « empoisonner » l’entreprise de l’intérieur …
Dès lors qu’un process n’intégrerait pas ces données pourtant fondamentales, conduisant à élucider et déterminer les cheminements des pouvoirs et influences des collaborateurs les uns sur les autres et s’inscrivant ‘de facto’ dans une réciprocité,
il sera, non pas tant impossible de remplir la mission de diagnostic en amont à l’aide de « matrices de fonctionnalité » … que de rater ou échouer à la mise en oeuvre du changement au sein de l’entreprise « aidée », et ce à quelque niveau d’intervention où se serait située la question de départ.
En un mot, si « l’aidant » ne change pas lui-même son approche en devenant moins dirigiste et moins formaté, « l’aidé » ne retrouvera pas ses petits au bout du compte.
C’est à ce niveau que la philosophie est d’une aide précieuse ; et quand bien même moult concepts et/ou idées y figurent, elle aboutit dans la majorité des cas à considérer que l’organisation « est » une entité objective face à l’Humain en tant qu’entité subjective …
… ce en quoi la philosophie – toute théorique en soi – permet de relativiser cette vision, compte tenu que quelle que soit l’organisation, elle est composée d’Êtres humains dans la totale acception du terme.
Pour terminer sur le contexte des librairies qu’évoque Denis, je pense que la tendance est en phase de renversement … il y aurait davantage de consultants que de librairies .. et quand bien même … il suffit de savoir ce qu’on vient y chercher, des ‘standards’ ou des ‘spécialités’.
Au plaisir de vous lire
Discussion intéressante en effet ; puisque l’un d’entre vous fait référence à Platon , je ferai une petite remarque : quand Platon pose la question de savoir s’il est nécessaire que les rois soient philosophes , il faut prendre le mot » philo- Sophe » dans son sens étymologique ; qui aime la sagesse plus que dans le sens moderne d’ approche de la réalité par la réflexion . Quant aux « rois » ce sont ceux qui agissent pour la res publica , la chose publique; je pense que faire le parallèle avec les managers est un peu exagéré car ceux ci œuvrent dans une autre sphère ; cependant que l’on souhaite que nos managers , surbookes , axes sur la performance prennent le temps du recul, de la réflexion , on ne peut qu être d’accord
Toutefois Jean-Marc, je ne serais pas aussi catégorique en affirmant « Nées il y a 50 ans, les théories du management ne sont plus en phase avec les besoins d’organisations mondialisées, financiarisées et technologiques ».
En effet, il me semble que les nombreuses contributions de Peter Drucker à la discipline restent pour la plupart très valides, même et surtout de nos jours. Mais je suis toujours aussi interloqué du nombre limité de « managers » français en ayant connaissance.
Je pourrais faire la même remarque d’ailleurs concernant John Kotter dont les écrits ont maintenant une vingtaine d’années mais restent une référence en matière de leadership.
Concernant la philosophie, j’adhère totalement à ce mouvement naissant, car au-delà de l’étymologie que Francine nous rappelle, la philosophie me semble être un socle essentiel à la sérénité personnelle et sociale. À cet égard, j’ai une prédilection pour Sénèque qui est d’une étonnante modernité !
Vous avancez tous des théories, Platon etc etc…et vous basez sur ces lectures, travaux pour vous forger votre propre appréhension… Mais au fond, VOUS, en être existant êtes vous en mesures d’aborder ses points de par votre propre vision ? N’est ce pas cela qui est intéressant ? Simplement vous et VOTRE point de vue… Et non un copié collé ?
Et je m’interroge sur votre assertion selon laquelle « vous basez sur ces lectures, travaux pour vous forger votre propre appréhension » ! Qu’en savez-vous ?
Je ne saurais trop encourager quiconque à lire tout aussi abondamment qu’il expérimente !
Je ne confonds pas la culture et expérience…
Comme chaque intervention qui me concerne, j’engage a l’intelligence… Et surtout a la réflexion.
Et si vous m’y opposez le fait du « qu’en savez vous? » Eh bien sachez qu’au travers de vos écrits (comme moi par ailleurs…) vous trahissez votre fonctionnement…
Ce que Jean Marc effectue au travers de ces écrits, ce sont des sortes de démonstrations qui amènent a une vision… La structure et les sources sont très intéressantes
Ceci étant au cours de lecture, tout ce que je vous des interventions, c’est Intel disait ceci, cela, il ou elle a raison … Mais encore une fois où se trouve votre propre expérimentation ?
C’est cela qui est intéressant ?
A la limite, les 2732 règles « idiotes » du management prescrites par le docteur x y… Êtes vous en mesure de les appliquer ? Avez vous essayé ?
… Comme en politique ou majeure partie des gens pensent avoir leur propres convictions alors qu’en réalité elles leur sont dictées … Et le plus grand malheur, c’est qu’ils ne s’en rendent pas compte.
En conclusion, et pour revenir au sujet, c’est en effet, comme il l’a été souligné, un appel a l’authenticité et a la réflexion propre.
… Et si l’on engage le sujet sur La philosophie, je dirai qu’aujourd’hui « philosophie » rime un peu trop souvent avec abandon… a méditer
La philosophie et, au-delà, la métaphysique, sont les mères de toute réflexion. Le management, réflexion sur les attitudes et comportements des détenteurs de l’autorité, est donc lié à la philosophie comme un enfant l’est à sa mère. Il n’y a pas de frontière entre les deux disciplines. Mais ne s’agit-il pas là d’un voeu pieux?
Si la philosophie éclairait l’action, nos organisations ne seraient ni mondialisées sans régulation, ni « financiarisées » au profit de quelques uns, ni soumises à des technologies qui mettent la planète en danger !
Pour que la philosophie soit opérante, il est nécessaire qu’elle soit l’oxygène qui alimente notre cerveau et non une drogue de spécialiste, inaccessible au plus grand nombre. J’ai bien connu Vladimir Jankelevitch dont une partie du cours était en Grec ancien! C’était un excellent maître pour préparer à l’agrégation. Par contre, au lycée, mon professeur, Olivier Revault d’Allonnes, tentait plus modestement de faire de chaque élève un homme capable de donner du sens à sa vie en réfléchissant sur les questions fondamentales plutôt qu’un chasseur de diplôme. Je lui rends ici hommage, car, un demi-siècle plus tard, son enseignement m’éclaire toujours. Cette philosophie-là me paraît indispensable au manager et c’est sans doute la raison pour laquelle les Japonais l’ont intégrée à la formation de leurs futurs dirigeants.
A Jean-Pierre, je voudrais dire que s’il y a une mère de la pensée, c’est pour moi (et quelques autres) avant tout le désir…
Peut-être pourrait-on voir s’il n’y a pas un rapport entre Sens et désir.
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Toute la société occidentale paie aujourd’hui chèrement l’identification du sujet à la pensée et aux fonctions cognitives purement mentales, oubliant que l’affectivité primaire est aussi un mode de connaissance, charnel et archaïque certes, mais non inefficace. C’est lui qui donne naissance à l’intuition. Quand la pensée semble disparaître ou se retirer, par exemple dans le cas de traumatismes cérébraux, ou dans les démences séniles ou encore la maladie d’Alzheimer, le sentir, aux fondations de l’archaïque, dans les racines de la chair, est toujours là, premier, assurant la continuité d’être dans son devenir et pouvant toujours dans des sursauts de vie et de désir pousser encore à penser, à agir et communiquer.
Le « sentir » ne prend-il pas existence seulement au travers du « ressenti » ?
Pourtant une douleur ressentie est ni une pensée ni une représentation. Ne serait-ce pas plutôt l’intuition qui relèverait de la pensée et de la représentation ? Finalement, ne serait-ce pas l’histoire : « qui de la poule ou de l’œuf » ?
Dans l’Antiquité grecque par contre, Parménide avait établi l’équation ETRE = PENSÉE = LANGAGE et toute la pensée moderne dans son sillage et renforcée par Descartes s’est fourvoyée dans une ontologie de la représentation, qui est une récusation de toute conscience en soi, de toute “conscience sans objet”.
La conscience ne peut plus être simple “présence invisible”, “pur sentir sans tension, ni intention”, “auto-affection de la vie dans son immanence subjectale et charnelle”. Elle est au contraire constamment identifiée à son contenu, à la représentation.
Dans cette perspective, la “conscience-soi” est rabattue sur la conscience de soi, l’“éprouver-soi” sur l’éprouvé de soi, “l’immédiat” sur “le réfléchi et l’objectivé”, contrairement à la leçon de Bergson qui opposait “les données immédiates de la conscience” à la représentation et soulignait l’antinomie foncière entre la représentation et le vivant qui n’est pas représentable, ce qui expérimentalement se retrouve dans la distinction in vivo / in vitro (cf. Isaac Benrubi. Souvenirs sur Henri Bergson. p. 25).
L’“experiencing” cher à Donald Winnicott, l’acte même d’éprouver, qui est l’équivalent de l’acte d’apparition du soi, est barré au profit du contenu et de la forme de l’expérience.
L’“acte d’éprouver” est une formulation paradoxale qui “conjoint” l’agir et le pâtir dans le même mouvement, le même temps, celui du soi originaire, du soi-chair.
En somme, l’être de l’homme est tout entier acte, c’est-à-dire sujet déjà-là impliqué par l’acte tout autant que sujet-se-faisant produit par l’acte, il est poésie et émotion, qui étymologiquement signifie “bouger”, “se mouvoir hors de” et qui donc va du pâtir, c’est-à-dire la passion, à l’agir. La chair, lieu du pâtir et de l’agir et de leur reliance, l’émotion, est la scène transitionnelle entre le monde extérieur (celui de l’environnement) et le monde psychique intérieur (celui des représentations), chair palpitante, vibrante, animée, pneumatisée, où sous une forme inconnue de nous, la pulsion, produit des excitations endosomatiques, émerge en allant se métaboliser en délégués pulsionnels dans le domaine de la représentation pour y investir en les transformant les différentes représentations de chose et de mot s’y trouvant ; chair où l’affect originaire, discriminant plaisir et déplaisir, fournit déjà un premier mode, pré-réflexif, de con-naissance, mais aussi une première matrice symboligéne. L’ajustement subjectal à l’action peut d’ores et déjà se faire au moyen de la tonalité affective. C’est dans la mesure où mon affectivité m’oriente vers le monde et que comme être sentant, je me meus dans celui-ci et j’exerce dans ma mobilité même le sentir dans l’union et la séparation, que me sont révélées la proximité et l’éloignement, l’ici et le là, c’est-à-dire la distance et la limite. A travers l’épreuve affectivo-sensorielle, une relation sujet-objet m’est donnée sans la moindre intervention de l’intellect et de la réflexion, et cette relation de soi et du monde se développe à la manière d’un co-devenir (mit-werden).
J’ai développé ces idées dans Le Livre rouge de la psychanalyse et dans L’ouverture à la vie, pour ceux que cela pourrait intéresser.
Je ne suis pas certain qu’il faille attendre de la philosophie des connaissances et encore moins des « recettes » qui bouleversent le management. Je crois plutôt à un apport méthodologique, un entraînement à penser juste, à poser correctement les problèmes de notre temps afin de pouvoir mieux les traiter.
L’ approche de la philosophie n’est donc pas à la portée du premier professeur venu. Ca n’est certainement pas en « bachotant » comme au lycée, en commentant Descartes, Kant, Hegel, Auguste Comte ou Derrida qu’on apprendra à nos dirigeants à réfléchir; nous n’y sommes pas mieux parvenus en les familiarisant avec les intégrales!
Il nous faut par conséquent réfléchir, je crois, à une profonde réforme des études supérieures et … enfin … à la pédagogie.
..qu’est-ce que LE réel..?? ..voilà une question philosophique ..!!
Suis-je seulement conscient de ma propre réalité ! GVS
Ma réalité n’est pas LE réel, C’est MON réel. GVS
« Le réel, c’est l’expulsé du sens,
C’est l’impossible comme tel,
C’est l’immondice
Dont le monde s’émonde en principe,
C’est l’existence de l’immonde,
A savoir de ce qui n’est pas monde… »
Lacan, RSI, 11 mars 1975
Cependant, comme le disait Jacques Audiberti dans L’effet Glapion : « Parmi les illusions de l’existence, certaines réussissent. Ce sont elles qui constituent la réalité ».
La réalité, c’est alors ce qui marche, ce qui marche dans certaines conditions de situation, d’expérimentation, mais… toujours encore dans un système de représentations à l’intérieur duquel on reste quand même enfermé, dans un système aussi de constructions situées historiquement, socialement et culturellement et variant constamment ! On ne sort pas là du symbolique (en gros le langage, ou plus précisément ses signifiants), ni de l’imaginaire (les retombées du symbolique, les signifiés). Symbolique et imaginaire enveloppent le réel, comme disent les hindous, du voile de Maya… ce qui nous met… dans la mayonnaise !
…ou dans la vacuité !…
Enfin le réel étant Sens en conSensus, en soi et avec les autres, la réalité en est re-présentation symbolique. Le symbolique qui re-présente quelques Sens partagés est aussi bien dans l’affect, le corporel ou le mental. Aucun n’est premier même si des séquences temporelles peuvent être re-présentées. Alors les entreprises humaines toujours communautaires sont le fait de chacun par les autres, de chacun dont la responsabilité, notamment pour les dirigeants est de « donner le Sens » mais aussi de travailler au conSensus par tous les moyens appropriés au tant de re-présentations assimilable à l’agir humain. A quoi ça sert ? alors là viennent les question de Sens et notamment celle du Sens du bien commun (valeurs etc.)
Peut-être faut-il au philosophe qui en a terminé avec les commentaires de ses éminents prédécesseurs, se confronter à la réalité commune et contribuer au discernement des Sens pour les responsables et au travail de conSensus aussi bien qu’aux re-présentations symboliques que sont les conceptions, méthodes, projets, économie etc. Tous de nature humaine et communautaire comme toutes les affaires humaines.